Arborescent le Verbe

19 mai 2009

A fleur d'eau

Nageur dans les frondaisons glauques
de l'éternelle forêt
en ce mur aérien
mémoire d'ombres pâles
quelque noce célébrant,

La lumière qui rasa les monts
lèche ta robe de sang,
de tes mains échappé, le Temps
te bande les yeux, t'emplit
la bouche de mort.

Verte mousse une mer
épaisse dans ton cœur
te submerge, une ivresse
descend comme une fée
le long de ta silhouette qui fuit.

Guy Cabanel
extrait de "Sous l'œil du chamane"
inédit

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18 avril 2009

Neuvième animal (extrait)

HORREUR MESQUINE PAMEE du soleil brun qui t'aveugla jadis à l'orée tumultueuse d'un bois dissymétrique, tu sais que tes pas ne peuvent plus te conduire vers la liberté fallacieuse du jour, mais qu'au bout de tes harassements se trouvent les eaux boueuses de la Ténèbre, où, esquif, tu te prélasseras dans un parfait malheur.

 

Sous tes rides frontales irritées de verdures venimeuses, ton passé se retourne, couleuvre prostituée d'amandes, et fore dans tes mains des actes inversés.

 

Les fruits verts cueillis sur les chemins de ton amour sont pulvérisés par leur force intérieure qui t'éclabousse en plein visage et t'enchaîne à la terre d'ombre où, suant le dégoût de toutes les vies humaines, tu te traînes en une meurtrière immortalité;

 

Tard dans la nuit des brousses, entouré des fauves impatients, tu te meus avec une difficulté accrue, à tout instant par l'action du nerf étranger qui se noue dans ta gorge trop étroite pour un tel fardeau.

 

Sur le point de trahir le faux espoir que tu révères, tu laisses aller ton corps à la grande fatigue.

 

Prisonnier d'une chair étrangère où tout autour de moi meurt de bonté, tu dors avec les gestes du nageur, et tes rêves égarés sur les plantes créent devant toi l'impassible paysage de tes vies prénatale et postmortelle au travers desquelles il te sera donné de reconnaître une voie assez insalubre pour te mener sans heurt au terme de tes randonnées qui menacent d'user prématurément le mécanisme complet de ton individu.


 Neuvième animal, extrait du recueil "A l'animal noir", chez Eric Losfeld

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Glace

Sous un  manteau de douloureuse peau

agonisant,

entre les vagues

de deux eaux

allongé.


Rivière

glaciale au coeur de la vallée

fête légère

de violence peuplée

en leur envol clouées.


Minuscules perles d'anthracites

dans les barbes qui pendent de la lune,

folie d'une nuit de fête embrasée,

lumière sans ailes

ni consistance.


Derrière une fenêtre embuée

comme un oeil qui erre

en quête de joie

derrière un front fléchissant

dans sa chambre fermée;


Tournant dans l'aire de l'aurore

sauvage et cramoisie,

jactance,

inutile sur ma bouche

immobile.

Extrait de "Quinquets", à l'Ecart absolu

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A perte de vue...

A perte de vue plate terre, mélodie en forme

d'oiseau ou de faux, sans entraves, sans monts ni forêts ni mers,


Dans l'imprécis blanc la vue perdue en mouvances fanées, par le son portée de triste en facile agonie, s'étiole


Et sur un sanglot les danseurs sans contours, heureux rescapés jouent, follets, sur les claviers de l'orgue aux brumes emprunté,


Vêtement de l'oubli, la neige de ses bouches glacées caressant la terre, sans mot dir va dans la mémoire effacer son feu sourire peint,


Le vent dans l'air calme pincé, enfin s'étire


Léchant une corde

de viole

sous la neige.

Extrait du recueil "Le verbe Flottant", chez Quadri

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15 avril 2009

L'odeur de ta pudeur

Poursuite de poissons, lèvres de moutons


   L'ODEUR DE TA PUDEUR

La pudeur du soir que traverse
l'oiseau repu,
l'enjeu sur l'eau
délivrant la main scellée qui bat,
coulent, saphirs.

Fulgurante et noire,
nasse?

Bleu rauque,
l'épaisseur du trait
lancé dans le dos,
le bas sauvage
où souffrent les pudeurs.

Fausse biche,
l'air gratte le front,
fers ensablés.

Ton sang expira-t-il
des sueurs mandchoues?

Chiens,
strix,
mordus de terre
au pied des persicaires,
fleurs du dégoût.

La folie courte
         froisse l'oeil,
entre deux soies,
fournaise des pudeurs.

Guy Cabanel, extrait du recueil "Odeurs d'amours", chez Eric Losfeld

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A une beauté cassée

Les nuages

Chevauchés vibrent,

Tristes gorges

Ternes, miaulent.


Là-haut le vent

Mordu secoue

Sa colère mouillée

Sa moue ruinée.


La nuit royale sans

Palabre ni

Chenilles frise

Le feu qui la meut.


C’est une musique à côté

Chantée dans l’eau des forêts,

Vapeur couchée

Aux lèvres rompues.


Un saut

De carpe fleurie

Enchante la

Maison du voyageur.

Guy Cabanel  (extrait du recueil inédit "Illisible")

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Guy Cabanel - Eléments biographiques

Guy Cabanel (Béziers, 1926) est ce poète qui « aspire à une découverte qui ne pourrait avoir lieu autrement, et chacun de mes mots que définitivement je pose m'ouvre un horizon nouveau ».

Il mettra dix ans pour écrire son premier recueil « A l'animal noir », que Breton accueillera chaleureusement en 1958.

Travaillant en étroite collaboration avec son ami le peintre et dessinateur Robert Lagarde, il participe à partir de cette date à l'aventure surréaliste. Publié – entre autres- chez Losfeld, l'Ether vague, Quadri ou Fata Morgana, il y sera également illustré par Jean Benoît, Jorge Camacho, Adrien Dax, Mimi Parent, Jean-Claude Silbermann et Toyen.

A diversifier les chemins du mythe, à multiplier les Jeux du « passage à la Ligne », la fécondité de l'œuvre – celle publiée, celle inédite – jamais ne redit de ces anabases rituelles qui sont comme une respiration-inspiration naturelle du poète.


(2e de couverture du recueil "Le Verbe Flottant", chez Quadri)

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